La garde française – Troisième étape de mon tour d’horizon de l’histoire de la démocratie suisse

« La révolution est finie », disait Napoléon Bonaparte en 1799. Après sa victoire sur le front ouest-européen, il ne lui restait de grand ennemi que la Grande Bretagne. C’est en Egypte qu’il chercha à venir définitivement à bout de ses éternels rivaux britanniques. Mais il échoua. Après avoir perdu la bataille maritime, il perdit la bataille terrestre et même ses nerfs. Il quitta ses troupes au proche orient pour intervenir directement à Paris. Le directorat qui l’avait érigé fut destitué pendant ses heures de détresse. Napoléon se déclara premier consul pour dix ans, voire même empereur des français en 1804.

Le début de 1799 fut marqué par l’éclatement de la guerre des coalitions opposant d’un côté les monarchies d’Autriche et de Russie et de l’autre la république française. La Suisse fut tirée vers cette guerre par l’alliance qu’elle avait conclue avec le gouvernement français. Les troupes autrichiennes s’approchèrent à partir du nord est, les russes à partir du sud. Les français purent leur faire face. Le pays était divisé entre l’est et l’ouest. La Suisse centrale, en 1798 militairement contrainte de participer à la république helvétique était particulièrement hostile aux français. Leurs troupes reconquirent tout de même les entrées nord du tunnel du Gothard et menèrent la contre-offensive. Ainsi le ralliement des troupes russes aux autrichiennes échoua.

La guerre européenne sur sol suisse avait déjà cessé en 1800. Elle écrasa la domination des patriotes. Quatre coups d’Etat vinrent sceller leur sort. D’abord régnèrent les républicains modérés, puis commença l’ascension des fédéralistes. A Schwyz on était fermement déterminé à venir à bout du régime helvétique. Les partisans de l’ancien régime organisèrent des assemblées le 1er août 1802. Ils purent compter sur le soutien des monastères exclus, des corporations et des patriciens qui avaient perdu leurs privilèges. C’est ainsi que Napoléon, sous la pression des anglais qui avaient soutenu la révolte, retira ses troupes de la Suisse.

Après éclata la guerre civile, appelée plus tard « stecklikrieg » par les vainqueurs pour la présenter comme inoffensive. La bataille pour la ville de Berne fit rage sur ce pont. En effet, elle fit décisive pour avoir accès au directorat helvétique qui se trouvait plus haut dans la ville. Les paysans avaient pris position en haut sur la colline. Les officiers des patriciens déchus les menaient, eux-mêmes commandés par les agents anglais.

Regardez bien cette maison. C’était la garde française. Croyez-vous vraiment qu’on puisse faire de tels trous dans le mur avec des fourches à foin ? -Non, cela n’est possible qu’avec des canons. Les envahisseurs en ont utilisé pour bombarder la capitale de la république helvétique.

Le gouvernement helvétique capitula devant un peuple remonté et surchauffé. Il signa la capitulation, mais s’assura un paisible retrait vers Lausanne qui était en paix. Berne tomba dans les mains des partisans de l’ancien régime. La guerre ne s’arrêta qu’après deux semaines, entre Morat et Faoug. Le front militaire correspondait à la frontière linguistique en 1802 : la Suisse francophone resta révolutionnaire alors que la Suisse germanophone était réactionnaire.

Napoléon profita pour intervenir de nouveau. Vu la confusion à l’intérieur des frontières, il y amassa de nouveau ses troupes et convoqua une réunion à Paris pour exposer son analyse de la situation aux 70 représentants des camps belligérants. C’est là qu’il prononça sa fameuse phrase : « La nature a fait votre Etat fédératif. Vouloir la vaincre ne peut pas être d’un homme sage ».

Ce qui s’en suivit s’appelle la médiation. Les cantons furent réintroduits comme Etats-membres mais souverains de la république helvétique. Mais cette fois-ci ils avaient les mêmes droits. Les privilèges des faubourgs anciens, des couches favorisées et de la langue allemande furent levés. Le premier consul put ainsi satisfaire les fédéralistes sans toutefois réinstaurer leurs privilèges d’avant la révolution.

L’acte de médiation de Napoléon institua 6 nouveaux cantons à côté des 13 existants et entra en vigueur début 1803. Il changea considérablement le caractère de la Suisse. Des cantons issus de l’esprit révolutionnaire français vinrent s’ajouter aux chef lieux et aux villes patriciennes et corporatives. Ce sont d’abord Vaud, après l’Argovie mais aussi le Tessin, les Grisons, Saint-Gall et la Thurgovie, cantons qui devaient assurer la protection frontalière du pays contre les invasions des voisins monarchistes.

L’acte de médiation prévalut jusqu’en 1813, année de la défaite de l’Empereur des français et de son exil vers Ste Hélène. Après, les troupes autrichiennes occupèrent la république helvétique et préparèrent la restauration des conditions anciennes légitimées par le congrès de Vienne.

Avec son principe de l’égalité, l’acte de médiation de Napoléon fonda le principe du plurilinguisme suisse. C’était une nouveauté en Suisse. Depuis le quinzième siècle, les régions francophones avaient toujours été des territoires soumis. Napoléon institua en 1803 également le premier chancelier fédéral. Il était élu pour une durée indéterminée et devait assister le président du conseil qui changeait toutes les années. Ce système aussi se perpétue de nos jours. Le président du conseiller fédéral est élu pour une année et la chancelière fédérale, la plus haute fonctionnaire de l’Etat, est élue pour une période déterminée.

Le secours de la Suisse par Napoléon marqua une stagnation dans le développement de la démocratie suisse. A partir d’ici ça monte, – et nous aussi on va monter vers le centre ville de Berne. Nous allons escalader un escalier traditionnel en bois qui nous rappelle que la ville d’origine qui avait été fondée en 1191 et qui avait son centre administratif ici à Nydegg était complètement construite en bois.

Randonneur urbain

(Traduction: Patrick Mbonyinshuti Aebersold)


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