Le Palais d’Erlach – Quatrième étape de mon tour d’horizon de l’histoire de la démocratie suisse

Nous sommes devant le palais d’Erlach. Construit au 18ème siècle en style français, c’est jusqu’à nos jours le plus beau palais dans la ville de Berne. Actuellement, il abrite le siège du gouvernement bernois. Avant, c’était le lieu de réunion du gouvernement national. En 1798, il abritait le commandement français qui occupait Berne.

Le pacte fédéral de 1815, conclu lors du congrès de Vienne, apporta à la Suisse divers changements. Premièrement, la partie romande fut renforcée par le fait que le Valais, Genève et Neuchâtel devirent cantons suisses et le jura rejoignit Berne. Les nouvelles frontières étaient alors garanties par des lois. Deuxièmement, de nouvelles tensions à l’intérieur furent maîtrisées grâce à la neutralisation de la Suisse vers l’extérieur. Troisièmement, la position des cantons fut renforcée. Ils étaient sur le même pied d’égalité et désormais souverains. Ils ne signaient des concordats entre eux que dans des domaines d’intérêt commun. Quatrièmement, au sein des cantons la structure resta comme elle était : les villes principales reprirent leurs privilèges et les élites les dirigèrent de nouveau.

Les changements apportèrent la deuxième révolution à Paris. Louis Philippe, dit Roi citoyen fut porté au trône en 1830 et avec lui la haute bourgeoisie libérale prit le pouvoir. Très vite le courant libéral se propagea en Belgique, Pologne et Italie ainsi qu’en Suisse.

Contrairement à la France, le mouvement libéral suisse n’était pas porté par la haute bourgeoisie. Il ne demandait pas non plus un roi citoyen. Il était plutôt d’un caractère petit bourgeois et visait des changements visibles dans la petite vie de tous les jours. Des avocats dans les villes, des patrons dans les villages, artisans et paysans de tous bord portèrent le mouvement libéral suisse de 1830.

On se battait surtout contre la censure de la presse. On prônait la liberté d’opinion et on réclamait la liberté industrielle et de commerce. On voulait les droits populaires que les Lumières avaient préparés et dont la révolution française avait fait son programme. Maintenant on voulait oublier la restauration et renouveler la politique. C’est le début de la régénération comme terme politique.

Vers la fin de 1830, à Berne comme ailleurs, l’ancien régime céda aux pressions de la population. Le 6 décembre, il demanda qu’on recueille sous forme de pétitions les requêtes des citoyens opprimés et des paysans. On donna au peuple jusqu’à la fin de l’année pour s’exprimer. Un rapport en sortit déjà le 7 janvier. Et le 16 janvier l’heure était arrivée : l’avoyer de la ville de Berne en personne présenta au Grand conseil la requête du patriciat de démissionner du gouvernement vu qu’il n’était plus accepté par le peuple.

Dans l’urgence, un conseil constitutionnel fut demandé. Il devait, sur des fondations libérales, poser les nouvelles bases juridiques du canton de Berne. Une démocratie représentative, basée sur les principes de la division des pouvoirs fut instaurée. A la fin de l’année la révolution pacifique était achevée.

Ces avancées ne sont pas à sous-estimer : pour la première fois le peuple bernois s’était donné une constitution. Aucun roi ne l’avait édictée, aucun avoyer ne l’avait décidée. Aucun militaire ne l’avait enforcée et aucun diplomate ne l’avait négociée. C’était plutôt le peuple lui-même qui s’était enfin mis debout pour l’écrire. Pour la première fois elle avait un caractère contraignant.

La résistance s’animait surtout dans la ville. Ici au palais d’Erlach, des jeunes officiers de l’ancienne garde cachèrent des armes dans la cave. Ici, se tramaient des plans secrets, et ici, était le centre de la contre-révolution, – jusqu’à ce que tout s’envola.

Le mouvement libéral opéra plusieurs changements dans les affaires bernoises. Nous citons ici deux : la constitution des communes et la création des écoles publiques.

En 1831, le canton était encore entièrement ancré dans la tradition des bailliages. Depuis le quatorzième siècle, les patriciens avait pris comme habitude de s’accaparer des districts, de les diriger, de les occuper pour y planter du maïs ou de la vigne pour les ravir de leurs jeunes fils pour en faire des mercenaires. Maintenant c’était fini! La première mesure importante prise contre le pouvoir excessif des baillis était de diviser leurs districts. Dans chaque district on envisagea des communes. Chaque commune devrait fonctionner comme un canton, elles devaient être comme un Etat libre capable de s’organiser. Ça a fonctionné. Le canton de Berne créé en 1831 compte depuis autour de 400 communes issues du plus grand processus de décentralisation de l’histoire bernoise.

Avec les communes se créèrent aussi les écoles populaires. Elles devaient élever la progéniture des libéraux pour en faire des citoyens capables de prendre leurs propres décisions lors des élections et de gérer leurs communes. En 1834 fut aussi créée la haute école bernoise. Elle remplaça l’académie qui avait été établie depuis l’époque de la réforme. Elle formait non seulement les théologiens réformés mais aussi des médecins pour améliorer la santé de la population. Elle formait surtout les juristes, pour la nouvelle administration de l’Etat et pour le tribunal cantonal. C’est justement dans le droit bernois que se répandit le nouvel esprit.

Où son quartier général était, nous le verrons dans la prochaine étape de notre tour d’horizon.

Randonneur urbain

(Traduction: Patrick Mbonyinshuti Aebersold)


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