Le restaurant „Zimmermania“ – Cinquième étape de mon tour d’horizon de l’histoire de la démocratie suisse

La radicalisation du discours politique sous les libéraux fut l’oeuvre des intellectuels. Ils étaient notamment dirigés par deux réfugiés allemands : Les frères Snell qui voulaient créer un parti national et démocratiser la Suisse. Ils furent des notables politiciens dans le paysage politique bernois entre 1830 et 1845.

Ludwig et Wilhelm Snell étaient issus de la bourgeoisie instruite de Nassau. Ils avaient tous les deux fait des études. L’aîné Ludwig avait excellé en philosophie, le cadet Wilhelm en droit. Après leurs études, ils s’engagèrent en politique. Ils voulaient abolir le pacte germanique et créer un Etat national allemand. Demander cela à l’époque était synonyme d’alliance avec les Prussiens. On considérait cela comme une sorte de démagogie. Et quiconque était accusé de démagogie pouvait être expulsé du pays.

Wilhelm et Ludwig arrivèrent alors en tant que réfugiés dans les cantons libéraux de la Suisse. Ils s’engagèrent dans le mouvement libéral et dans les universités libérales de la Suisse. Wilhelm fut recteur fondateur de l’université de Berne. Il était professeur de droit public et son frère enseignait la philosophie.

Contrairement aux libéraux suisses qui s’insurgeaient contre les privilèges donnés aux villes dont ils n’étaient pas originaires, les frères Snell ne se voyaient ni comme bâlois, ni comme zurichois ni bernois ! Ce qui les préoccupait c’était la création d’un Etat national. Les rivalités régionales qui divisaient non seulement l’Allemagne mais aussi la Suisse devaient pour eux être dépassées.

Au sommet du part national, on devait mettre des juristes d’obédience nationale. Les frères Snell influencèrent la pensée de toute une génération de juristes. Ils allaient tous chez les frères Snell s’instruire en droit, apprendre à penser politiquement et une fois les études terminées ils allaient travailler dans les tribunaux, dans les médias et dans la politique, pour le bien de la nation.

Le succès de « la jeune école de droit » comme on l’appelait ne trouva pas grâce aux yeux de toute l’opinion. Les indigènes se plaignirent de l’influence étrangère que représentaient les frères Snell. Et la diplomatie allemande les accusa d’agitation et de faire l’apologie de la violence. Ludwig se vit alors obligé de laisser sa chaire et de quitter le canton. Il alla se faire naturaliser dans le canton de Lucerne. Il profita de son éloignement pour s’instruire et pour écrire des oeuvres littéraires. Entre 1839 et 1845 eurent lieu les travaux qui ont mené au manuel de droit public suisse originaire qui était imprégné de l’esprit radical de l’époque.

Les radicaux avaient du succès dans les cantons francophones. Ils purent y déloger l’esprit libéral. Cela éveilla des peurs auprès des fédéralistes notamment chez les cantons catholiques-conservateurs de la Suisse profonde et du sud qui se réunirent au sein d’un „Sonderbund“. A Lucerne, leur chef-lieu, le pape réinstaura la domination des Jésuites, connus comme grands prédicateurs et pédagogues. Les radicaux cherchèrent alors à attaquer Lucerne. Cette tentative de faire la politique par les armes n’allait pas trouver grâce auprès de l’opinion.

Le canton de Berne, libéral, ne voulait rien avoir avec cette attaque hostile à son voisin lucernois. Il nomma les principaux coupables de ce complot : le professeur Wilhelm Snell. Lui aussi fut expulsé à son tour et alla s’installer dans le canton de Bâle campagne.

L’expulsion de Wilhelm Snell stimula les politiciens radicaux. Ils voulurent encore plus se défaire de la domination libérale. Une nouvelle constitution fut étudiée et présentée au public juste avant les élections de 1846. Les radicaux gagnèrent ces élections. Au grand conseil comme dans le gouvernement, ils avaient la majorité.

On ne sait pas exactement où cette constitution fut rédigée. Les professeurs disaient qu’ils l’avaient rédigée chez eux à la maison. Les conservateurs affirmaient qu’elle avait été rédigée dans des restaurants. Les dires populaires tranchèrent : les restaurants étaient les demeures des professeurs ! C’est ainsi que jusqu’à date, le restaurant Zimmermania garde cet honneur d’être le lieu où le radicalisme des intellectuels se transforma en acte politique.

Après la victoire des radicaux en 1846, Berne était le lieu de rencontre de la diète fédérale qui avait prévalu depuis le congrès de Vienne. On se décida alors de dissoudre par la force le „Sonderbund“ des cantons catholiques conservateurs.

La guerre reprit en 1847. Encore une fois la guerre civile. Elle fut gagnée par les forces nationalistes. On arriva ainsi à un Etat souverain et unifié en 1848. Celui-ci avait cinq institutions : peuple et Etats, le conseil fédéral, l’assemblée fédéral et le tribunal fédéral.

Dans la prochaine étape de notre visite, je vous montre où ces institutions siégeaient.

Randonneur urbain

(Traduction: Patrick Mbonyinshuti Aebersold)


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